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N°372
Yaâqov reçoit l'heureuse nouvelle que son fils Yossef est en vie. Trois points du récit que la section de la Torah nous rapporte méritent qu'on s'y arrête.
1er point : Les fils reviennent d'Egypte et la première personne qu'ils rencontrent à l'entrée du campement du Patriarche est Séra'h, fille d'Acher. La jeune fille jouait de la harpe à la perfection, et ses oncles lui demandèrent d'aller jouer de son instrument devant son grand-père sur les paroles qu'ils lui dictèrent : Yossef, mon oncle, vit encore, et il règne sur toute l'Egypte. Yaâqov entend mais il ne les croit pas, et le verset précise : " son cœur resta froid ". Ils lui racontèrent que Yossef vivait encore et qu'il était vice-roi. Ce n'est que lorsqu'il vit les " agalot " que Yossef lui avait envoyées, et seulement alors, " l'esprit de Yaâqov revint à la vie ". Et Rachi commente : la présence divine qui s'était retirée de lui lorsqu'il perdit Yossef, vint à nouveau reposer sur lui. Mais qu'avait de spécifique " ce signe " que son jeune fils lui adressait, au point de croire enfin qu'il était vivant ?
2ème point : Lors de sa descente en Egypte, Yaâqov envoya Yéhouda devant lui, vers la province de Gochène, afin de préparer une maison d'étude d'où devait rayonner l'enseignement de la Torah. N'aurait-il pas pu attendre d'être arrivé sur place pour installer une Yéchiva ?
3ème point : Yossef recommande à ses frères de se présenter devant Pharaon comme des éleveurs de bétail : " c'est afin que vous demeuriez dans le pays de Gochène, car tout pasteur de brebis est une abomination pour les Egyptiens " précise-t-il. Pourquoi cette recommandation alors que Pharaon était prêt à combler d'honneurs la famille de Yossef, tel que nous le voyons au ch.45 v.18 " emmenez votre père et vos familles, et venez près de moi ; je veux vous donner le meilleur du pays d'Egypte " ?
Pour Yaâqov, la disparition de son fils bien-aimé avait été un coup si dur, que la tristesse l'envahit et que l'esprit prophétique ne l'animait plus. Si on lui avait annoncé que Yossef était vivant mais qu'il s'était assimilé aux mœurs de l'Egypte antique, il aurait certainement préféré garder le souvenir de l'adolescent pur et juste qu'une bête avait dévoré.
Les fils font part à leur père que Yossef lui envoyait des " âgalot " chargées de vivres. Le mot âgala (charrette hippomobile) et êgla (génisse) s'écrivant de la même façon, Yaâqov comprit qu'elles étaient un " signe " qui faisait allusion à la législation relative au sacrifice de la " êgla " qu'ils étudiaient ensemble avant leur séparation. Le message de Yossef était clair pour Yaâqov : il ne s'était pas assimilé dans son exil et il était resté fidèle à la voie des Pères de la nation ; alors seulement " l'esprit de Yaâqov revint à la vie ".
Je me souviens avoir prié un jour dans une synagogue du quartier de Névé Amal à Hertzélia, où réside une grande communauté de yéménites. L'un d'entre eux attira mon attention par la tristesse qu'exprimait son visage et les sanglots qui le secouaient. J'en demandai la raison à l'un des fidèles présents qui me raconta ceci :
A l'époque où il fit sa alya, les familles étaient envoyées dans des campements rudimentaires. Son plus jeune fils alors âgé de deux mois tomba malade et il fut hospitalisé. Un matin, en arrivant pour voir son fils, on lui annonça qu'il était décédé. Il exigea de le voir afin de l'identifier et d'en porter le deuil, mais on lui dit que craignant la contagion, on l'avait immédiatement enterré. Il se rendit au cimetière mais il n'y trouva rien.
Je ne m'étendrai pas sur ce triste épisode de l'histoire de la alya des Yéménites, où des centaines de bébés ont ainsi disparu sans laisser de traces. Ce malheureux père a eu beau crier, supplier et exiger qu'on lui donne des explications, il n'en a jamais obtenu. Puis un jour, 25 ans plus tard, il reçut un coup de fil d'une femme qui lui raconta qu'elle avait été infirmière à l'hôpital où son bébé avait été hospitalisé et qu'elle avait des révélations à lui faire. Il se rendit à l'adresse qu'elle lui indiqua et voici ce qu'elle lui dit : je suis sur le point de mourir et j'aimerais si possible réparer le mal qui t'a été fait. Voilà, à cette époque, j'étais infirmière dans le service où ton bébé a été hospitalisé. Une nuit, deux personnes ont été conduites auprès du lit de l'enfant, elles l'ont enveloppé dans une couverture et elles l'ont emporté. Puis une infirmière a noté dans son dossier que son état s'était aggravé et qu'il était décédé. J'ai eu peur de parler, je craignais de perdre ma place, mais j'ai des indications sur le couple qui a emmené l'enfant, et elle les lui donna.
Après un an de recherches, il finit par découvrir l'adresse de la famille, et il s'y présenta avec sa femme. Un jeune homme leur ouvrit la porte, qui ne pouvait être que leur fils tant la ressemblance était frappante avec ses frères. Ils commencèrent à lui raconter qu'à l'âge de deux mois il avait disparu, et la mère lui donna même un signe de reconnaissance par une tache qu'il avait au bas du dos. Le jeune homme était secoué, il les fit entrer dans l'appartement et il leur dit qu'effectivement il avait 25 ans et que ses parents lui avaient avoué être un enfant adopté à la suite de la mort de ses parents biologiques dans un accident de voiture. Il leur promit de provoquer une rencontre avec ses parents adoptifs mais il leur annonça qu'il n'avait pas l'intention de retourner chez eux étant donné qu'il avait reçu une éducation laïque et que leur aspect et le fait qu'ils étaient religieux ne pourraient pas lui convenir.
Une semaine plus tard ils rencontrèrent de nouveau leur fils et les parents adoptifs, ils parlementèrent dans l'espoir de trouver un compromis, mais la réaction du jeune homme et de ses parents adoptifs fut violente, et ils repartirent plus brisés qu'ils ne l'étaient déjà. Depuis, ce pauvre homme répète constamment qu'il aurait préféré continuer à croire que son fils était mort, plutôt que de savoir qu'il était ignorant des valeurs qu'ils avaient inculquées à leurs autres enfants.
Nous pouvons mieux comprendre pourquoi le cœur de Yaâqov resta froid à l'annonce de l'ascension de Yossef, si celui-ci avait abandonné la foi et la crainte de D., et pourquoi il manda Yéhouda à la préparation de leur installation qui devait comporter avant toute préoccupation matérielle, les bases qui permettent l'étude et l'enseignement de la loi sacrée. Car le fondement de l'éternité d'Israël réside dans la maxime : " n'immigre que dans un endroit où réside la Torah ", voie que Yaâqov a tracé pour toutes les générations, d'assurer pour eux-mêmes et pour leurs descendants avant tout passage dans un nouvel endroit, l'installation de l'encadrement adéquat à transmettre aux jeunes générations le patrimoine culturel du judaïsme, condition primordiale pour la préservation de la Maison Juive.
Soucieux d'assurer à sa famille, infime minorité nationale, une vie conforme à son idéal et parer au danger d'assimilation aux mœurs idolâtres de l'Egypte, Yossef recommanda à ses frères de faire savoir à Pharaon qu'ils étaient bergers. Cette profession ne pouvait qu'inciter Pharaon à les éloigner des villes, tout pasteur de brebis étant une abomination pour les Egyptiens. Ainsi, à l'écart des villes et des tentations qui ne pouvaient qu'être nocives à l'intégrité de l'esprit du judaïsme, les futures tribus d'Israël purent conserver leur particularité culturelle.
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