
Alors qu’un chef d’entreprise allemand a été condamné a 6 ans de prison et 750 000 € de dommages et intérêts pour avoir vendu du graphite à Téhéran, les entreprises allemandes continuent de commercer avec le République islamique. Et même si la position officielle énoncée par Angela Merkel consiste en une « politique de découragement », suite à la décision iranienne de poursuivre un programme nucléaire, aucune contrainte économique n’est vraiment imposée aux entreprises. Un double jeu qui ne cesse d’irriter les autres pays Européens et Israël.
Six années de prison ont été requises contre un homme d’affaire de 63 ans, à Koblez en Allemagne. Celui-ci est accusé d’avoir vendu 16 tonnes de graphite de haute qualité à l’Iran utilisées pour fabriquer des tuyères, selon le procureur.
Ce commerce illicite, ayant eu lieu entre 2005 et 2007 a été stoppé lorsque les agents des douanes turques ont intercepté deux expéditions de 10 tonnes de graphite. Selon les juges cette activité aurait pu avoir de « graves conséquences sur les relations internationales allemandes ».
Et tandis que des entreprises comme Total se retirent de l’Iran pour cause d’instabilité politique, The Linde group, spécialiste des gaz industriels en Allemagne développe un projet avec le gaz Iranien, un commerce qui totalise 91 millions d’euros de revenu par an.
Au centre du Congrès International de Munich, devant plus de 2000 actionnaires et autres directeurs de l’entreprise, Dr Kazrem Moussavi a demandé à la direction du groupe Linde: « comment vous, en tant que directeurs, pouvez faire affaire avec un régime qui bafoue les droits de l’Homme de son peuple, nie l’Holocauste et a réaffirmé à nombreuses reprises son désir de rayer Israël de la carte » ?
K Moussavi, iranien ayant fuit la République Islamique en raison de la répression politique, est également affilié aux organisations politiques Stop the bomb (Stopper la bombe) qui exhortent les entreprises à cesser tout commerce avec le régime Iranien.
Autre cas de coopération économique entre l’Allemagne et l’Iran : le contrat signé entre la compagnie de gaz Bavaroise Bayerngas et Téhéran. D’après le porte-parole de la société, ce projet impliquerait la production d’une centaine de stations de gaz. Les dirigeants refusent de considérer que cette transaction entrave les tentatives européennes et onusiennes de freiner le programme nucléaire iranien.
Ces trois affaires témoignent du double jeu allemand quant à la « stratégie de découragement », qui est censée inciter les entreprises à cesser leurs échanges économiques avec la république islamique. Une attitude qui est d’ailleurs largement critiquée. L’Allemagne adhère en effet au programme de sanctions contre l’Iran, mais ne sanctionnent pas les entreprises qui désirent commercer avec la république Islamique.
De plus, contrairement aux Etats-Unis, il n’existe aucune législation réduisant la possibilité d’investissement en Iran.
Concrètement, les entreprises allemandes souhaitant faire affaire avec le régime des Mollahs doivent demander un permis au ministère de l’Economie qui certifie que leur contrat n’est pas en opposition avec le programme de sanctions de l’ONU et de l’Europe envers l’Iran.
Pourtant le désir de freiner les contacts économiques avec le régime des Mollahs remonte à 2007 quand, sous la pression française, les pays européens ont envisagé des sanctions économiques destinées à décourager l’Iran, dans son désir d’obtenir l’arme nucléaire. Comme le révélait Le Monde à cette date, le Président Sarkozy avait enjoint ses homologues européens à prendre des sanctions claires contre la République Islamique.
La chancelière Angela Merkel avait déclaré vouloir « suivre la même ligne » que son homologue français, sans pour autant être suivie par sa coalition gouvernementale, principalement pour des raisons économiques.
Il est vrai que l’Allemagne est l’un des plus gros investisseurs en Iran, et la bonne marche économique de nombre de ses entreprises dépend donc de ce pays, désormais problématique.
Et même si l’Iran ne figure « qu’à » la quatrième place des destinations des exportations allemandes, la perte d’un tel débouché serait donc néfaste à un grand nombre d’entreprises allemandes : « deux tiers de l’industrie iranienne marchant avec des machines allemandes ».
Encadrée par les organisations patronales, qui défendent les entreprises exportatrices de bien industriels, les marges d’actions de la chancelière paraissent par conséquent limitées.
Selon Michael Spaney, porte parole du Mideast freedom forum Berlin, les contradictions allemandes sont évidentes : « si la chancelière Angela Merkel « met en garde contre une attitude d’apaisement envers Téhéran, son gouvernement "déjoue" en même temps les tentatives de la France et de la Grande-Bretagne d'imposer des sanctions européennes contre le régime iranien » a-t-il déclaré.
Un hiatus politique qui profite au commerce irano-allemand. Selon les chiffres de l’autorité en charge de contrôler les exportations allemandes, son volume serait, en 2008, en hausse de 10,5% par rapport à 2007, atteignant un volume de 4 milliards d’euros…
Ainsi donc, en dépit de la déclaration de la chancelière allemande, qui affirme avoir réussi à faire baisser de 30% le volume du commerce entre l’Allemagne et l’Iran, les relations économiques entre les deux pays semblent rester privilégiées.
Un mauvais point pour l’Allemagne dont la chancelière revendiquait cependant, dans un discours mémorable à la Knesset en mars 2008, « la responsabilité historique de protéger les intérêts sécuritaires d'Israël et d'isoler l'Iran ».